Mon corps est une maison hantée désertée des fantômes qui l'avaient habitée. Le silence d'un foyer quand les enfants s'en vont, le vide d'une nuit d'été les volets sont fermés s'il fait trop chaud dehors. Pénombre et grésillement de l'électricité. Un jour face au corps d'un ado sur les rails, j'entends quelqu'un me dire
« Je sais que je fais bien mon taff car aucun esprit ne ma jamais suivi. »
Et moi je me dis, meme mon propre esprit ne m'a jamais suivi. Et surtout je me dis, ç'aurait pu être moi. Dans le vacarme incessant d'un monde qui va trop vite, qui est là pour entendre les cris déchirants des enfants en détresse ?
L'amour que j'ai reçu a démoli mes murs, on a aimé mon corps comme un bully jubile que la tour de Kapla s'effondre de ses mains. Des fois le soleil tape comme iels disaient fièrement m'avoir jamais tapée. Comment ne pas aimer la victime si parfaite car elle connaît son rôle sur le bout de ses doigts et baisse si bien la tête au moindre hurlement ? Pavlov serait si fier de m'avoir fait leurs chienne.
On va me dire encore poétesse torturée sans même prendre conscience de l'ironie du bail tellement ça pourrait être dit premier degré. Et après en manif une pancarte de fortune où j'y lis plus jamais.
plus jamais. plus jamais. plus jamais. plus jamais. plus jamais.
Et plus une dernière fois. Je me souviens du goût de leurs lipgloss et même de tous le reste. De l'odeur de leur peau, du goût âcre de toutes leurs offrandes à mon saccrifice. Parfois, avaler ma salive est trop dur parce que je me souviens tout ce que j'ai englouti et la gerbe me monte.
Pour qu'une plaie se ferme il faut arrêter de mettre le doigt dedans, c'est la partie facile. La partie difficile c'est quand ça cicatrise et qu'il ne reste qu'un trait palissant sur ma peau, et de m'entendre dire est-ce que c'était si grave ?
Il fut un temps lointain j'avais encore des rêves et la rage de m'en sortir. J'avais les dents solides à croquer à pleine dents les grenades dans l'herbe. Dans le jardin d'Eden j'aurais cherché un flingue pour abattre tous ceux qui me regardaient mal. Il fut un temps lointain où je me serais vue et trouvée pathétique de ne faire rien qu'attendre.
J'ai affiné mes sourcils au rasoir et rouvert toutes mes plaies jusqu'à voir en 3D ma vie en chéloïde. Que la douleur habite la maison de mon corps car moi je reste encore aux abonnés absents.