J'ai ouvert mes e-mails et toutes mes plaies béantes.
« T'écrire c'est déjà trop. Le pardon je ne le demande et ne le mérite pas. »
Sur mes post'it la liste des sevices que mon corps a subi pour me rappeller de ce que j'ai vécu. Car la mémoire me manque et mon cerveau me nargue cruellement quand dans mes rêves je n'arrive à revoir rien d'autre que des caresses.
La seule réponse logique quand revient le passé c'est de reprendre route, passagère clandestine au pays de la mort. D'aller puiser le fleuve, d'y remplir sa gourde, et d'oublier encore qu'un jour... Un jour. Qu'un jour, dans cette maison ;
Et puis celle-ci après, et dans cette cabine, et dans cet open space, et derrière ce comptoir et même sur le dancefloor ;
Et puis avaler en une fois des cités toutes entières ;
Et puis le néant.
Encore une emo queen pas comme les autres filles qui se tabasse le crâne jusqu'à ce que tout vascille et que l'eau Lethé goûte son ADN tellement elle y a chialé.
J'aurais pu être tant de choses et tout ce que je serai plus jamais c'est inadéquate. La chatte qu'a oublié combien de vies elle s'est ôtées, combien on lui a prises, quand on aime on compte pas.
Le foie en PLS qui confie (moi tes secrets, porte-moi) dans (la tombe) son jus de plus pouvoir filtrer tous les bails que j'avale. Quand la psy dit addicte j'réponds hashtag gourmande pour m'acheter le droit de m'offusquer un peu qu'elle écrive immature dans le rapport d'hospit'.
Et puis toujours le vide de l'après, quand la porte se verrouille et qu'il ne reste que moi pour toute compagnie.
C'est sûrement ça le pire.
Comment me relever quand je sais même plus ce que c'est être debout ?
Je suis une femme-insecte qui rampe sur le sol, féminité souillée aussi belle que la boue. On m'a écrit emet au lipstick sur le crâne, j'attends qui voudra bien effacer mon alef d'un baiser sur le front, que je me sente aimée quand je tombe raide morte. Car j'ai oublié la chaleur d'être étreinte et de me réveiller sans pleurer de douleur d'être amputée au monde.
Inévitablement, mon sourire vide. Je ne sais plus quel crime j'ai pu commettre, mais c'est mon châtiment de continuer encore. Me voilà Pinnoccio, honteuse de son nez qui continuellement s'allonge du mensonge constant que c'est, rester en vie. M'amputer alors de tout le bois qui pousse à chaque inspiration. Le sécher au soleil pour chauffer mes hivers. D-ieu sait qu'ils seront froids.