Le premier vagin que j’ai vu était sur un cadavre. Comment peser le poids du silence sans avoir fermé la mâchoire d’un défunt ? Je crève maintenant d’avoir vu mes cauchemars réalisés et l’irrespect des hommes. Depuis le premier corps-gâteau découpé sous mes yeux, depuis la première canule insérée sous leur peau, je crains le traitement post-mortem de mon corps non-conforme.

As-tu idée de la difficulté à déchirer une artère ? Du bruit que fait un os raclé de l’intérieur ? De la résistance qu’oppose un cœur quand on le perce et de la dureté d’un membre rigidifié ? Et d’à quel point, pourtant, il t'a été simple de me briser l’amour propre ?

Six deniers renversés, j’en fais outre et j’expire. Les voix dégoulinent en fond sonore, affirmations meurtrières crâchées comme du poison. Pas de source—j’ai donné toute mon eau ; ma gorge asséchée, rien pour m’at/é·teindre.

Jm'imagine impuissante, le dedans en dehors, incapable de dire non quand, là, l'âme me pénètre. Ne pas pouvoir bouger alors qu’on me déchire. Ne plus être là pour corriger les monstres qui me déshabillent pour s’octroyer le droit de m’appeler monsieur. J’aurais voulu mon corps creux comme une tirelire ; vide comme mon compte en banque. Que je puisse proprement me briser, d’un seul coup de marteau, en cas de besoin. Mais si l'on doit m'abattre, ce sera à la hache qu'il faudra s'acharner.

Car je me souviens l'intérieur de mon corps, ma sève qui coule à flot, et de la peur au ventre de die dans le marais. De ma fenêtre je vois les arbres mourir, plantés dans le bitume, et me jalouser d'être si nulle à crever sans savoir les terf-mythes qui creusent mon bois sec. J’ai voulu rejoindre la seule terre dans laquelle je pousse, mais l’a( )t(mpête)tente la rendit aride. Et je te vois attendre sagement qu'une braise, une etincelle, un rayon de soleil me renvoie en fumée. Arrose moi de kérosène, ça ira plus vite. (Tu vas pas faire genre ça t’excite pas).

Tu as déjà vu un cadavre ? Tu feras quoi du mien ? La vérité tu veux pas tes mains sales, tu vends les allumettes mais tu as rien fait de mal. Et dans les réseaux souterrains mes jambes trop sèches craquent et deviennent les bûches d’un feu de camp pour conter, à la lumière de leur combustion, les histoires des fantômes qui habitaient mon corps plus que je n’ai jamais su l’habiter moi-même. Continuer à écrire pourtant, (pas déso d’être é)mots couchés dans l’incendie, sur un malentendu on échappera aux fl·e/a·mmes. Que les poules mangent les cendres chaudes des livres brûlés avant impression, leurs œufs en seront plus solides.